OPINION / Crise universitaire : un combat réduit à cinq doigts tendus !

Ce lundi 18 août 2014, en regardant le journal de 20h de RTS1, j’ai découvert le Président Macky Sall au chevet des étudiants blessés suite aux violences en milieu universitaire. Cependant, mon attention a surtout été retenue par ces étudiants alités, des bandages en veux-tu en voilà, presque en héros de guerre soignés dans un hôpital militaire. J’ai pensé au fond de moi, « voilà des hommes de conviction victimes de leurs idées, voilà comment commence la construction d’un pays ».

Mais quelle ne fut pas ma déception à les entendre demander des faveurs personnelles au Président de la République, pour aller étudier à l’étranger. Je ne sais pas ce que Macky Sall a pensé sur le coup, mais sa surprise a dû être bien grande. Comment le Président pouvait-il culpabiliser de tous ces blessés, de la mort, oui, la mort d’un étudiant, face à des individus plus enclins à lui demander une faveur que des comptes d’une situation d’enlisement à l’issue fatale ? Je mets une partie de ce comportement sous le coup de l’émotion, mais juste une. Car d’un autre côté, comment peut-on se battre pour une injustice et le jour où vous vous trouvez en face de la personne supposée responsable de tous vos maux, vous lui parlez de tout sauf de l’essentiel ? Qui pis est, vous lui demandez une faveur et l’en remerciez. Ce combat collectif se résume-t-il à la juxtaposition de simples ambitions individuelles ou s’agit-il de défendre l’école sénégalaise pour les générations actuelles et futures ?

Existe-t-il encore dans ce pays, des gens qui se battent pour des principes et non des intérêts égoïstes ? L’étudiant n’est-il plus cet homme de la pensée, du sacrifice, de l’espérance ? J’ai vu tout un combat (avec quelles conséquences !) réduit à une mendicité déplacée, comme si l’aide de Macky Sall effacerait comme par magie, tous les problèmes universitaires. Le contexte de cette visite appelle « peut-être » à de la courtoisie, mais cette preuve de civilité n’est en aucun cas un signe de reniement de soi. Pas un mot de ces étudiants sur la crise universitaire, sur la violence policière, sur l’avenir (ou le non-avenir) que propose l’école sénégalaise, sur l’augmentation brutale des frais universitaires, sur les franchises, sur leur camarade mort,…

Que des mains tendues, et le discours de Guéléwar (incarné par feu Thierno Ndiaye Doss) si présent : « un doigt tendu sert à indexer; cinq doigts tendus servent à quémander ». Ma soirée a été hélas bien triste.

J’espère que ceux qui se sont battus pour des principes (pas nécessairement – et surtout pas d’ailleurs – dans la violence) continuent de croire en leurs idéaux !

J’espère que le Sénégal compte encore des hommes de conviction et que ce film n’était qu’un navet d’une œuvre grandiose !

J’espère que l’étudiant d’aujourd’hui ne se réduit pas à cinq doigts tendus !…

Le Sénégal a besoin de bien plus d’éclats pour se sortir de ces abysses que nous habitons depuis bien trop longtemps. L’étudiant est la graine dans laquelle nous plaçons cet espoir d’un avenir meilleur. Puisse notre choix ne pas être trahi et que le spectacle d’hier ne soit juste qu’un mauvais cauchemar qu’emportât précipitamment la nuit.

A la mémoire des sacrifiés sur l’autel des idéaux du savoir.

Ensemble, réinventons le Sénégal ©.

 

Yatma DIEYE

Lien vers le JT : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=AWJtLJFgKH8

 

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