Extrait du livre blanc pour l’emploi : Tourisme

Ce texte est extrait du livre blanc pour l’emploi publié par le Club Upsilon. Il s’interroge sur le tourisme Sénégalais et dessine les perspectives qui s’offrent à elle.

Le tourisme constitue pour le Sénégal, un secteur majeur en termes de rentrée de devise. Cependant, ce secteur peine à se renouveler et éprouve des difficultés à trouver un positionnement lui offrant un avantage concurrentiel sur les autres destinations. Les européens peuvent aujourd’hui trouver le soleil et la mer en Europe ou au Maghreb à des prix très compétitifs.

Le tourisme de masse concerne les classes moyennes à pouvoir d’achat limité. Proposer un séjour d’une semaine pour près de 1.000 euros par personne (soit plus de 650.000 FCFA) ne peut correspondre à cette clientèle composée majoritairement d’étudiants, de salariés de la classe moyenne ou de retraités. Quant au tourisme de luxe qui s’adresse aux grandes fortunes, le Sénégal ne dispose pas des hébergements et des services adéquats pour y répondre. Écartelé entre ces deux extrêmes, la destination Sénégal se vend difficilement à l’étranger. Il est nécessaire de créer des produits touristiques attractifs qui singulariseront l’offre par rapport aux autres pays car la seule téranga (hospitalité) ne suffit pas à attirer les touristes, surtout qu’elle n’est pas toujours au rendez-vous dans la pratique. Le Sénégal attire moins d’un million de touristes par an (617.130 touristes recensés en 2012 à l’aéroport LSS et seulement 387.000 en excluant les Sénégalais), ce qui reste assez faible au regard du potentiel du pays.

Nous avons besoin de redéfinir des ambitions fortes pour ce secteur (dépasser la barre symbolique du million à moyen terme) et pour cela, il faudra mettre les moyens nécessaires en termes d’équipements, d’organisation du secteur, de formations, de promotion,… La réflexion devra être menée autour des différentes formes de tourisme (gastronomique, musical, mystique, solidaire, mémoriel, religieux, etc.). Aujourd’hui, les tourismes balnéaires et d’affaires représentent plus de 80% de notre marché avec plus de 50% à la faveur du premier. Nous devons comprendre qu’une définition de notre offre touristique est encore plus importante que la politique tarifaire car elle nous permettra de mieux cibler la clientèle et d’adapter la politique commerciale et les équipements en conséquence. Il appartiendra à l’État et aux professionnels du tourisme de réfléchir sur des produits touristiques que n’offriraient pas la concurrence (ou du moins pas avec les mêmes niveaux de maîtrise) pour attirer de nouveaux visiteurs.

Le tourisme digital est un langage inconnu au Sénégal. Les possibilités de réservation en ligne des séjours au Sénégal sont sous le quasi monopole d’opérateurs étrangers, ce qui soustrait ces ressources à l’économie nationale. Pour se rendre compte de l’offre touristique du Sénégal ou du moins de la perception que pourraient en avoir les touristes, il suffit de rechercher sur les Internet à travers les différents moteurs de recherche comme Google, les images associées à la destination Sénégal. Le résultat de cette recherche montre un manque d’identité de notre offre touristique qui ne présente aucune spécificité. De plus, de nombreuses informations comme le tourisme sexuel, les enfants de rue, les faits divers de toutes natures s’invitent dans la liste de résultats. Aujourd’hui, c’est cela que vend le Sénégal à travers le magasin mondial virtuel. Les instances officielles y sont inexistantes. Des sites comme la maison des esclaves de Gorée, les chutes de Dindéfélo et beaucoup d’autres encore ne disposent même pas de site Internet. Vendre la destination Sénégal, c’est vendre d’abord du rêve et Internet est la vitrine où commence ce rêve. Le Sénégal et ses acteurs du tourisme semblent l’ignorer. Il est important de faire du monitoring actif pour connaître et influencer les informations associées au Sénégal en utilisant notamment les outils d’e-réputation.

Concernant leMonument de la Renaissance monument de la Renaissance, hérité du régime du Président Wade, la structure est aujourd’hui une réalité physique indéniable. Il ne s’agit plus de revenir sur l’opportunité ou non de sa construction sur laquelle tout a été dit. La question actuelle est de voir comment en tirer un meilleur profit. Le bon sens nous dicte, en effet, de ne pas laisser ce patrimoine se dégrader, sous prétexte qu’il a constitué un mauvais choix circonstanciel quand les priorités étaient autres. L’État et les professionnels du tourisme devront réfléchir à la meilleure façon de tirer profit de cet ouvrage en le mettant en valeur dans les circuits touristiques et sur Internet. Ce monument a un potentiel touristique probant qu’il s’agira d’exploiter.

La question de la mobilité ne peut pas être éludée. Son acuité nous est rappelée quand il s’agit de visiter Dakar, Saint-Louis et Tambacounda dans la même semaine. Il faudra envisager et optimiser toutes les possibilités modales. Les aéroports et les aérodromes régionaux devront être redynamisés ainsi que les voies de navigation maritime et fluviale.

En matière de communication, nos concurrents maghrébins ou asiatiques font la promotion de leur destination sur les médias des occidentaux qu’ils cherchent à attirer alors que le Sénégal y est invisible. La diplomatie devra jouer un rôle majeur pour vendre la destination Sénégal. Nos représentations doivent constituer les premiers VRP de notre tourisme et s’illustrent très peu sur ce terrain et parfois même incarnent une piètre image du Sénégal. Il leur appartient, et cela mérite d’être rappelé, de prolonger les décisions prises par le gouvernement du Sénégal à l’extérieur en suscitant l’envie, chez les populations de leur lieu d’implantation, de visiter le Sénégal. On pourrait imaginer un management des ambassades qui intégrerait par exemple l’évolution du nombre de visiteurs suscités par chaque mission diplomatique.

Le tourisme interne ne doit pas être laissé en reste. En effet, beaucoup de sénégalais connaissent très peu l’intérieur du pays. Des offres adaptées pourront être créées par les professionnels du secteur. La petite côte propose des week-ends qui trouvent de plus en plus leur public. Des réflexions doivent être menées sur les séjours courts et intermédiaires. La cible pourrait être élargie aux classes moyennes africaines. Cette direction va de pair avec l’éveil de l’intérêt patrimonial des populations pour leur apprendre à regarder leur environnement avec un autre regard et lui découvrir de nouveaux intérêts.

La formation comme partout ailleurs, revient au cœur du projet, s’agissant de la promotion des emplois autour de l’hôtellerie ou de la restauration, mais aussi des guides patrimoniaux, des voyagistes, des créateurs de produits touristiques, des artisans d’art, de la préservation et de la restauration du patrimoine, etc. Les produits culturels pourront connaître ainsi un nouvel essor avec la professionnalisation du secteur.

Des signaux forts devront aussi être donnés en matière de sécurité. Cela passera par la formation de tous les acteurs touristiques (notamment les vendeurs d’art et d’artisanat). Le mode de vente très agressif crée un sentiment d’insécurité qui, au lieu de favoriser l’acte d’achat, le compromet. Un touriste rassuré dépense plus facilement qu’un touriste apeuré. La suppression de la tarification différenciée doit aussi être encouragée. Elle n’obéit ni à la logique de la téranga que portons en bandoulière identitaire, ni à une logique commerciale efficace qui doit chercher à transformer le client d’un jour en client de tous les jours ; il faudra garder à l’esprit que les bonnes comme les mauvaises pratiques sont relayées par les visiteurs auprès des leurs. La formation des acteurs économiques aux notions de gestion pourrait aider à changer ces comportements pour un résultat commercial supérieur.

Les collectivités locales ont aussi un grand rôle à jouer en matière de tourisme et sont pourtant des acteurs ignorés ou du moins marginalisés dans les processus de réflexion. Acteurs de premiers rangs, les collectivités locales dessinent les images des territoires et en font un produit attractif générateur de flux à travers notamment le marketing territorial. Ils organisent des salons, créent les conditions d’activité, font parler de leurs territoires, etc. Le tourisme ne peut s’organiser sans eux. Il est nécessaire de les former aux outils de promotion territoriale et de les intégrer dans les circuits de réflexions locaux et nationaux à travers leurs organes représentatifs (élus et associations d’élus locaux).

Nombre d’emplois touristiques potentiels : entre 70.000 et 150.000

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