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La mobilité urbaine, l’heure des choix judicieux (Partie I)

Logo mobilité urbaineAu Sénégal, nombreuses sont les voix qui se sont lèvées pour critiquer les projets d’infrastructures routières financées par nos deniers publics à coût de plusieurs  milliards, notamment au niveau de la fameuse Corniche. Ces critiques qui sont incessamment les mêmes ont quasiment toutes le même angle d’attaque financier et témoignent d’un ras-le-bol général, surtout que l’impact de ces routes en terme d’amélioration de la circulabilité n’est pas souvent avéré. Certaines critiques qui se veulent techniques argumentent sur le fait que les tunnels ne se justifient pas sur ces sections concernées, aucun obstacle naturel de type montagneux ou hydrographique ne venant s’opposer au passage naturel de la voie. D’autres voix se lèvent pour dénoncer les transports dans leur ensemble, les bouchons, les difficultés à stationner etc. Cette situation chaotique des transports et du déplacement en général trouve une explication dans plusieurs registres.

Toutefois une critique de ces différentes infrastructures doit se faire de façon plus large. Il convient de revoir la façon de considérer les déplacements en rompant avec la coutume de l’Etat de traiter le matériel roulant (ou les piétons) et les infrastructures de façon indépendante. Cette vision archaïque est la cause de nombre d’échecs dans différents projets menés dans le domaine des transports.

En réalité, il est plus judicieux de parler de mobilité, terme qui intègre les différents aspects liés aux déplacements des biens et des personnes. Jusque là, la politique sectorielle des transports (voir CETUD, AATR) qui évoque le terme mobilité s’est concentrée sur la modernisation des infrastructures, le désenclavement de certains secteurs notamment ruraux, le rajeunissement du parc automobile, la restructuration de l’organisation des transports tout en intégrant des aspects environnementaux.

Mais la réflexion de fond n’a jamais été réellement abordée, les différents projets abordant la question sous un angle timide du conformisme avec comme résultat un recollement avec un existant insatisfaisant quand le besoin est de faire une vraie rupture dans la façon d’aborder la question de la mobilité.

Il est ici question d’orientation de la politique de mobilité. Il s’agit en fait de se poser les bonnes questions en amont, et des réponses apportées, dépendront les choix à retenir.

Au chapitre de ces interrogations, figurent celles qui suivent :

Qui (quoi) se déplace (est déplacé) [étudiants, travailleurs, consommateurs, marchandises etc.]?

Pour quel(s) motif(s) ?

Par quel(s) moyens ?

A quelle fréquence ?

Sur quels trajets ?

Des réponses à ces questions, découle la définition d’une politique de mobilité dans le cadre d’une approche systémique qui prend en compte les moyens de transport, les infrastructures et aménagements routiers (routes, voies ferrées ou navigables, parking…), la politique d’urbanisation, les implications sécuritaires etc.

Dans l’antichambre de ces aspects techniques, on retrouve les choix politiques et sociétaux.

Quelle part souhaitons-nous accorder respectivement aux transports individuel et collectif ?

Un chiffre important dans la compréhension de la problématique des transports : le nombre de véhicules mis en circulation croît tous les ans de 21% avec un nombre de kilomètres / véhicule en augmentation de 8,5% entre 1999 et 2008. Le nouveau régime du Président Macky Sall a mis en place  le décret n° 2012-444 modifiant celui n° 2001-72 du 26 janvier 2001 et porte l’âge d’importation des véhicules usagés de 5 à 8 ans. Il est vrai qu’il faut prendre en compte les questions d’accessibilités financières des ménages et le besoin de renouvellement du parc. Mais ce décret, s’il n’est pas assorti de clauses environnementales et sécuritaires pour encadrer l’ensemble des véhicules sur ces aspects, ne fera qu’augmenter mécaniquement le parc roulant. Il est un principe auquel nous ne pouvons déroger : plus on construit des routes, plus il y aura des véhicules. Et plus il y aura des véhicules, plus on devra construire des routes. Le point de rupture sera immuablement atteint à un momment donné.

Il faut prendre conscience que des choix qui seront faits, découleront les aménagements urbains à mettre en place et les différentes politiques qui en découlent, notamment foncières. En faisant le choix de privilégier les transports individuels, il faudra dimensionner l’ensemble des infrastructures en conséquence pour accueillir dans de bonnes conditions toutes ces voitures, veiller à fluidifier, sécuriser et réguler le trafic. Dans l’hypothèse extrême où chaque individu se rendant à Dakar (centre ville) y aille avec son propre véhicule, les infrastructures devraient être dimensionnées pour accueillir tout ce trafic dans des conditions fluides. Il faudra aussi prévoir suffisamment de places de parking pour garer tous ces véhicules.

Une question se pose : souhaitons-nous augmenter la flotte avec le risque de bouchons, de pollution, l’augmentation de la consommation et donc de l’importation en carburant (quand on sait l’importance de notre dépendance énergétique) et consacrer une bonne partie de notre domaine à un usage de parking ou est-il plus souhaitable de favoriser des transports en commun de qualité garant d’un bon cadre de vie pour tous et réserver ces terres à des usages d’habitation, de parcs aménagés, de terrains sportifs etc.

Est-il utile de rappeler que la région de Dakar fait seulement 550 km² pour environ 3 millions d’habitants ? Est-il également utile de rappeler que schématiquement les véhicules des travailleurs sont utilisés le matin pour se rendre sur leur lieu de travail (souvent 1 personne par véhicule) et le soir pour rentrer chez eux et que ces véhicules consomment inutilement de l’espace le reste du temps, soit plus de 7h en moyenne par jour ? Le but n’est pas se focaliser sur les aspects uniquement environnementaux qui du reste ne sont pas un privilège réservé aux pays occidentaux, mais de réfléchir en terme d’efficacité et de pertinence de l’offre de transport, d’aménagement du territoire, de gestion de l’espace public et de besoins de sécurité des usagers de la voie publique. (A suivre)

 

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