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SÉNÉGAL – Paysage politique et perspectives : quel avenir espérer ?

Que nous réserve l’avenir ? Cette question n’est évidemment pas posée aux diseuses de bonnes aventures qui se sont régulièrement illustrées sur le champ de la lutte, et pas toujours à leur avantage. Il s’agit en réalité d’un petit exercice de prospective politique pour imaginer ce que nous réserve l’avenir en s’appuyant sur les éléments structurels et conjoncturels qu’autorisent les analyses. L’objectif n’est évidemment pas de deviner qui sera

le prochain président du Sénégal, mais d’analyser les perspectives politiques qui s’offrent à nous au regard des différents projets proposés. L’interrogation est née d’une inquiétude sur l’avenir, car jusque là, le doute persiste chez nombre d’entre-nous, sur la capacité réelle des leaders politiques à influer positivement et de façon significative sur nos destins collectif et individuel.

Aujourd’hui, le paysage politique sénégalais se compose grossièrement de deux camps :
– celui au pouvoir qui rassemble une large coalition de coalitions, en l’occurrence Benno Bokk Yakaar, avec tous les errements que cela comporte ;
– et l’opposition incarnée globalement par Rewmi, quelques figures politiques plus ou moins structurés en entités diverses, le PDS et ses dissidents organisés en partis, mouvements ou en quête de perspective,…

PuzzleSenegalCependant, la ligne de séparation idéologique est beaucoup moins nette que celle des individualités politiques. Ainsi, les libéraux sont actuellement aux commandes du Sénégal (APR) tout en constituant la frange de l’opposition la plus significative (PDS, Rewmi, Bokk Gis Gis, etc.). Le courant socialiste est tout aussi éclaté avec le Parti Socialiste, l’AFP, Bes Du Ñaak, l’URD, la LD/MPT, le FSD/BJ,… Trois autres sensibilités, l’une apparentée (ou issue) au (du) marxisme, la seconde se revendiquant nationaliste-patriotique et la troisième écologiste viennent compléter ce tableau. Quant à parler de gauche et de droite, les contours sont bien souvent fluctuants et les frontières poreuses malgré les postures théoriques. La faiblesse des contenus idéologiques, qui témoigne de leur problème d’identité, se manifeste dans les jeux d’alliance où aucune ligne rouge n’est définie. Plus grave encore, car cela touche la morale même, certains votent des lois qu’ils s’empressent de dénoncer une fois dans l’opposition comme le récent exemple de la parité des listes électorales. Le phénomène de la transhumance vient à son tour, concourir à cette cacophonie indescriptible. Aucune boussole fiable ne permet aujourd’hui d’orienter les électeurs et citoyens en quête de repères directionnels.

Dans les faits, le parti socialiste qui a régné pendant près de 40 ans au Sénégal ne s’est pas gêné de mener une politique capitaliste et compte à son actif le record de privatisation des sociétés d’État. C’est également sous son règne que la marchandisation de l’enseignement a commencé (avec à leur décharge -pourquoi d’ailleurs s’ils ont manqué le courage de leurs idées-, l’aide insistante des institutions internationales), pour se poursuivre activement sous l’ère Wade. Le PDS, tout libéral qu’il est (moins d’État), a initié entre 2000 et 2012 quelques actions sociales au niveau de la santé par exemple, avec un échec structurel qui rend compte du manque de maîtrise de cette politique confuse. Le libéral Macky Sall qui l’a succédé joue sur les deux tableaux en maintenant un flou qui reflète l’impéritie de ce positionnement hybride, en témoigne l’inefficacité des mesures de subventions des denrées de première nécessité.

OffrePolitiqueAujourd’hui, l’offre politique qui existe au Sénégal reste assez monocorde avec des libéraux qui proposent à peu de choses près, le même projet. Les socialistes, au-delà de leur dénomination, restent des libéraux qui ne s’assument pas. Le PIT, AJ/PADS et AJ/PADS Authentique, sortis des cuisses marxistes collaborent allégrement (comme d’autres courants politiques d’ailleurs) avec les libéraux et restent électoralement faibles. Les nationalistes à l’image du RND (nationalisme africain) ou des frontistes de Mom sa réw représentent pratiquement le seul courant à afficher une rupture visible avec le reste de la sphère politique.

Rien ne serait à redire, si ces associations étaient basées sur des accointances objectives dont les dividendes seraient au profit du Sénégal. Malheureusement, ces liaisons contrenatures sont souvent le fruit de petits calculs d’apothicaire servant des intérêts privés, ce qui va à l’encontre même de la démocratie. Il ne s’agit pas de prôner un chiisme idéologique quand toutes les forces (vives bien entendu) sont nécessaires à la construction de notre pays. D’ailleurs le social-libéralisme (ou néolibéralisme) se situe à la croisée de ces deux doctrines. Toutefois, les citoyens ont besoin de savoir ce qui fait l’identité de chacun de ces partis pour non seulement agréer leur existence, mais aussi cerner les contours de ces alliances pour mieux les nourrir ou les dénoncer tant que de besoin.

Quand aux personnalités indépendantes, elles essayent comme à chaque élection d’exister. Cependant, l’absence de réseau national et de fort leadership les rend inaudibles, voire invisibles, les empêchant ainsi de convaincre la majorité. D’ailleurs, beaucoup d’entre-elles apparaissent et disparaissent au gré des élections, quand la meilleure stratégie est justement de préexister en dehors de ces espaces temps, pour mieux exister le moment opportun.

DoctrinesA l’évidence, nos partis politiques sont caractérisés par leur faiblesse idéologique. Les étiquettes politiques sont bien souvent empruntées sans discussions aux théoriciens occidentaux. Socialisme ! Libéralisme ! Marxisme et autres théories pullulent chez les uns et les autres sans que leurs propres militants ne sachent de quoi il retourne. On clame fièrement son appartenance à la famille libérale sans jamais avoir lu Jonh Locke, Condillac, Kaynes, Ricardo, etc., ni s’être jamais posé la question sur la compatibilité de cette doctrine avec notre société dont l’entité nominale est la communauté et non l’individu comme le prône le libéralisme. En face, des socialistes ignorent tout de Marx, Engels, Owen, Senghor, Nkrumah, Mboya, etc. et se contentent de consommer les graines idéologiques semées par l’International Socialiste.

Mais derrière ces vignettes qui demeurent de simples contenants sans contenu, tous proposent pour ainsi dire, la même chose en matière de choix budgétaires et financiers par exemple. La création de richesses se fait essentiellement par la fiscalisation des foyers, des salariés, de la consommation et de l’entreprenariat qu’on encourage à peine. Les recettes sont dépensées de la même manière chez quasiment tous, mis à part quelques particularismes chez les « nationalistes ».

Ce même flou, pire, un silence coupable, caractérise nos rapports avec la France et plus globalement notre politique étrangère univoque. Avec les prétendants actuels, la Françafrique a encore de beaux jours devant elle malgré les discours convenus.

Le projet tout comme le financement de l’Éducation suit un conformisme militaire hormis quelques écarts démagogiques ou tentatives infructueuses. La réforme voire la révolution nécessaire de l’École sénégalaise n’a jamais eu lieu et n’est toujours pas en voie de l’être. L’École se meure sans grand monde à son chevet.

La question de l’emploi témoigne de la stérilité intellectuelle des partis politiques en manque d’imagination et de courage pour amorcer les vraies ruptures sans lesquelles le Sénégal restera un pays de consommation et non de production. Faute de propositions innovantes, 220.000 nouveaux demandeurs d’emploi viennent grossir tous les ans, le rang des chômeurs dans une procession insupportable.

Le développement du Sénégal ne peut se concevoir en dehors du cadre sous-régional et africain (taille et solvabilité des marchés, diplomatie commune face à l’OMC et les pays riches, politique de la dette, lutte anti-terroriste, etc.). Pourtant, rares sont les partis politiques qui définissent clairement leur vision de l’Afrique et son opérationnalisation.

Dès qu’il s’agit des questions religieuses, le tabou et l’hypocrisie règnent en maîtres. Il ne fait aucun doute que nous avons une laïcité sénégalaise bien différente de ce qu’on retrouve en Occident. C’est d’ailleurs le seul positionnement que nous n’avons pas copié chez eux, et cela mérite notre fierté identitaire. Mais après avoir dit cela, n’est-il pas avisé de réfléchir de façon lucide, responsable et en conformité avec nos valeurs, sur la concordance de nos pratiques avec les lois que nous votons et aussi les besoins de transparence de notre population ?

Les questions morales ne sont pas en reste. Mais est-ce vraiment utile de tirer sur l’ambulance en panne d’essence ?

Et de se demander à quoi donc servent tous ces partis politiques (plus de 220 recensés), s’ils ne nous offrent pas plus d’alternatives sociétales.

Bien souvent, nous nous retrouvons malheureusement dans la situation de procéder à des choix par défaut, faute d’être réellement convaincus par un homme, son équipe et son programme. De tous les côtés, des leaders politiques habillés en chef cuistot de circonstance, nous promettent des menus qui donneraient à n’importe quel affamé, l’eau à la bouche. Le hic, c’est qu’ils ne disposent ni des ingrédients qui entrent dans la composition, ni du feu pour cuire ce repas, encore moins des compétences culinaires nécessaires.

EspoirCe que le peuple sénégalais attend pour 2017 et bien au-delà pour continuer de croire en la politique est double.
– Il faudra d’abord un leader dont la probité morale est sans conteste car en la matière, l’exemplarité a valeur de vertu. Cette intégrité reconnue de tous, permettra aussi au futur président d’avoir la légitimité d’action pour traiter sans concession tous les dossiers et exiger la même attitude de ses collaborateurs ;
– Plus qu’un homme, c’est un collectif avec un programme crédible qui est recherché par le Sénégal. La rupture qui est attendue n’est pas uniquement celle des comportements (probité, sobriété, exemplarité et patriotisme). Les approches, les discours, les pratiques et les projets politiques doivent être intégralement revisités.

Hélas à ce jour, nous courons toujours derrière cette chimère, non pas de l’homme providentiel, mais de l’équipe providentielle qui nous proposera une réelle alternative, dynamique, crédible et non démagogique. Depuis les indépendances, nous avons l’impression d’assister en permanence au même ballet mené par les mêmes danseurs et que seuls changent les costumes. Plus qu’un simple renouvellement des hommes, c’est un renouvellement des systèmes de pensées et des codes politiques qu’il faut : un nouveau ballet avec de nouveaux danseurs sur un nouvel air. Pour renouer avec l’espérance qui libère les énergies créatrices de notre société, le Sénégal a besoin d’une offre politique qui nous fasse rêver sans décevoir nos aspirations, rêver tout en gardant les pieds sur terre. Espérons que les hommes politiques sauront se saisir de cette énième opportunité et se réinventer car, les sénégalais ont plus que jamais besoin de savoir dans quelle barque ils montent et pour quelle destination. Nous avons besoin d’avancer vite et bien vers une bonne direction.

Réinventons le Sénégal !

Yatma DIEYE

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